29 juillet
Compte-rendu d’un Tour épuisant

Compte-rendu d’un Tour épuisant

Pas facile de tirer le bilan d’un Tour de France. On l’a dans la tête mais il faut poser et peser les mots, alors que les jambes sont lourdes, la fatigue à son paroxysme. Voilà néanmoins mes pensées à J+2.

 

Trois jours sont passés depuis l’arrivée finale du Tour de France et le premier mot qui me vient, c’est « fatigue ». Comme chaque année, bien sûr. Elle est physique, d’autant que je n’ai pas été épargné par les chutes mais aussi mentale, avec toutes les sollicitations, les transferts. Encore ce lundi, nous avions des obligations, bien que plaisantes : visite au siège de la FDJ avec un magnifique accueil des employés, passage au Ministère… Mais ça nous a fait lever tôt, avec départ en bus, un peu comme si c’était la 22e étape du Tour. J'ai enchaîné ce mardi avec le Critérium de Lisieux, avec la petite famille, puis je vais en Espagne pour la Clasica San Sebastian. Ce n’est qu’après que je pourrai prendre du repos, avant de repartir au combat pour le Tour du Limousin et le Tour du Poitou-Charentes. En septembre, je me focaliserai sur le chrono par équipes en vue des Mondiaux outre-Atlantique, puis en octobre, j’accompagnerai Thibaut Pinot sur ses objectifs italiens de fin d’année. Il reste du pain sur la planche : il faut se refaire la cerise, assimiler les efforts de juillet pour en tirer le bénéfice et, je l’espère, saisir les opportunités qui se présentent afin de lever les bras. Mais je suis encore loin de penser à tout ça. En attendant, je vous parle de mon Tour, à froid - ou presque.

 

Jérémy roommate

J’ai donc fait chambre avec Thibaut Pinot pendant ce Tour de France. A part deux nuits en début de Tour de France quand il était malade, car c’était dur pour moi de dormir à côté d’un gars qui tousse et parce que ça le perturbait de savoir qu’il me réveillait. Une fois guéri, il a repris place avec moi. Ce n’était pas la première fois que je faisais paire avec Thibaut mais c’était notre première fois sur un grand tour. Nous avons des horaires de coucher similaires, ça colle bien. Je n’ai pas eu à me plaindre de lui ! Mais je n’étais pas là pour le chaperonner. On pourrait croire que la différence d’âge amène à être protecteur avec le plus jeune, à vouloir lui donner des conseils, mais un coureur de cette stature n’en a pas vraiment besoin. A vrai dire, nous parlions peu de la course. Nous tenions surtout à déconnecter. Et pour ça, je suis pas mal : j’aime bien passer à autre chose quand c’est possible. Nous échangions juste sur quelques faits de course mais sans jamais se prendre la tête.

 

 

De toute façon, avec tous ces transferts, nous n’allions en chambre qu’assez tard, juste pour dormir. Les timings sur le Tour de France sont très serrés, alors quand il est l’heure, il est l’heure. J’avais une crainte : celle d’être trop souvent réveillé par des contrôles antidopage visant Thibaut, mais ça va, ce n’est pas arrivé très régulièrement et ce n’était jamais trop matinal. Les principales difficultés de cet autre Tour de France, celui du hors-course, sont survenues dans les Alpes, où la capacité hôtelière est moindre et nous amène souvent à loger dans des établissements familiaux, pas toujours rénovés. Quand tu arrives le soir à l’hôtel et que tu découvres que la chambre est trop petite pour ouvrir la valise, que les lits sont presque collés et qu’il y a de la moquette sur les murs, ça fout un coup au moral. La logistique est un grand défi pour l’organisateur, qui a beaucoup de contraintes auxquelles faire face, donc je ne les critique pas en disant ça. Il y a juste un turn over qui se fait entre les équipes pour ne pas en avantager certaines plus que d’autres et quand c’est à notre tour de tomber sur un hôtel pas top, il faut faire avec. Le débat sur les motorhome, instaurés par Sky sur le dernier Giro, se pose réellement. Je ne suis pas forcément d’accord avec cette solution mais je comprends les arguments. La récupération est super importante et il faut l’optimiser. Les Britanniques vont très loin dans ce domaine : ils ont carrément des sur-matelas stockés dans un camion… Thibaut, lui, vient sur le Tour de France avec sa propre couette, et nous avons un partenaire, Technogel, pour des coussins adaptés. Ca peut sembler être du détail voire du caprice mais sur une course d’un tel niveau durant trois semaines, cela compte.

 

Jérémy teammate

Sur cette édition 2015, mon rôle était d’être équipier auprès de Thibaut, comme cela a souvent été le cas durant la saison. C’est un statut qui oblige à renoncer à la lumière. Tout le monde n’en est pas capable. Je me suis rapidement fait à ce rôle quand Thibaut a commencé à avoir des résultats au très haut-niveau : cela coulait de source qu’il fallait l’encadrer et miser sur ses qualités. Je me souviens néanmoins de ce Tour de France 2011 où j’avais eu la chance d’être électron libre et de pouvoir jouer ma carte. J’étais passé tout près de la victoire à Lourdes, j’ai franchi le Tourmalet en tête sur l’étape de Luz-Ardiden, j’ai fini super-combatif de l’épreuve. Sans ce titre symbolique, qui a un peu été mon heure de gloire toutes proportions gardées, je ne raisonnerais sans doute pas de la même manière aujourd’hui. Un coureur cycliste se lance toujours dans une carrière professionnelle avec l’ambition de réaliser des choses à titre individuel. Devenir un roule-toujours dévoué à un leader dépend des trajectoires, des évènements - dans mon cas l’explosion de Thibaut. Le Tour 2011 est quelque chose que j’ai pu barrer de ma to do list, pour passer à autre chose, bien que l’espoir d’un jour lever les bras sur la grand messe de juillet subsiste forcément. Or quand Matthieu Ladagnous et moi étions échappés avec Thibaut à Mende cette année, nous avions naturellement roulé pour lui, sans même attendre de consigne, en suivant la logique selon laquelle il avait plus de chance que nous de s’imposer. Et je vivais le truc comme si c’était moi qui avait l’opportunité de gagner. C’est quelque chose que l’on intègre, qui devient automatique. Certains parfois me demandent pourquoi je n’enchaîne plus les raids comme par le passé. C’est quelque chose de difficile à comprendre quand l’on est hors du milieu.

 

 

Ce qui est compliqué avec le rôle d’équipier sur un Tour de France, c’est que l’on doit tous apporter notre pierre à l’édifice mais que l’on se dit souvent que l’on aurait pu faire plus, mieux. Il y a toute une part du travail que l’on ne voit pas à la télévision, mais il y aussi des étapes où le profil n’est tout simplement pas adapté aux qualités du coureur. Sur ce Tour 2015, il y avait énormément de tracés pour les hyper-spécialistes, que ce soit pour les arrivées au sprint, pour puncheurs, la haute-montagne, les pavés, le chrono… Quand il y a une étape dans les Alpes où le peloton, très vite, ne se résume plus qu’à une vingtaine d’éléments, ce sont les meilleurs qui y sont. On a pu dire que l’équipe FDJ n’était pas assez armée pour accompagner Thibaut loin dans la montagne, et avec l’abandon de Steve Morabito c’était sans doute vrai, mais il se trouve aussi que nous avons une politique différente d’autres équipes. Empiler les grimpeurs pour constituer une garde rapprochée, primo c’est coûteux, deuzio ce n’est pas forcément viable à long terme car les lieutenants veulent vite voler de leurs propres ailes. Je trouve notre configuration plus saine et avoir des coureurs comme moi autour de lui apporte probablement plus de sérénité à Thibaut. Cette année, les coups du sort se sont acharnés sur nous mais il ne faut pas oublier que l’an dernier, tout marchait bien et que nous étions allés chercher le podium final. Ni perdre de vue que sur les trois étapes où Thibaut a joué la gagne, il était accompagné : de Lada et moi à Mende, de Benoît Vaugrenard à Pra-Loup, d’Alexandre Geniez à l’Alpe d’Huez. Chacun contribue à un moment donné, certains jours plus que d’autres avec les moyens du bord, ce qui amène les équipiers à être parfois durs avec eux-mêmes. Pourtant la première de nos qualités est d’avoir su s’effacer pour notre leader, ce qui n’est pas le cas dans toutes les équipes, donc nous ne pouvons qu’être fiers d’avoir vu Thibaut sauver le Tour de France de l’équipe FDJ !

Commentaires  

#21 Deniau Daniel 03-08-2015 17:17
En plus j'arrive pas a comprendre,comment vous arrivez a rouler avec les gaz des motos et parfois des voitures,parmi vous et donner un tel effort,en plus avec le risque de chute,comme nous avons ,faudrait mettre les directeurs sportif a votre place,et le directeur du tour.
Citer
#22 Toms 18-08-2015 19:23
Magnifique, c'est tout. bravo!
Citer
#23 Buford 01-03-2016 00:29
It's wonderful that you are getting ideas from this article as well as from our dialogue made at this place.


my page :: essays about diversity in schools (murrayfarmroasters.org: http://murrayfarmroasters.org/writemyessay/essays-about-diversity-in-schools/)
Citer

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

-----