Flashés et en garde à vue #6

Nouvelle échappée pour Jérémy Roy qui a lutté contre le froid et la pluie en roulant à l'avant mardi. Pas encore vainqueur mais déjà combatif.

"La pluie sur le vélo, cela mouille moins quand on est échappé que quand on est dans le peloton. Personnellement, je déteste rouler au milieu de 190 coureurs quand il pleut. Je porte des lentilles et la moindre goutte qui se glisse dans l'oeil devient pénible. Ces jours-là, le peloton est plus nerveux à cause des risques de chute. Devant, c'est moins stressant : on contrôle ses trajectoires et on oublie le froid (300 watts de moyenne pour les connaisseurs, c'est pas mal). Ce n'était pas la seule raison pour que je me retrouve dans l'échappée. La consigne des directeurs sportifs, c'était de placer un mec dans le coup du jour : j'ai suivi deux-trois accélérations dans les premiers kilomètres et l'échappée est partie après un de mes contres.

Peu de certitudes pour Kadri, que des incertitudes pour l'EuskaltelQuand le coup sort, je jette un oeil autour de moi pour jauger nos chances de réussir. Cinq, ce n'était pas le chiffre idéal mais Hoogerland, c'est une compagnie appréciable («un bon bourrin», dit Marc Madiot). Erviti roule bien aussi. J'avais moins de certitudes sur la forme de Kadri qui sort de blessure et je n'avais que des incertitudes sur l'Euskaltel (Intsautsi) que je ne connaissais pas. Il y a plusieurs phases dans l'aventure : d'abord, il faut prendre rapidement deux minutes pour être sûr que ce sera l'échappée du jour. Ensuite, c'est du bluff : garder une bonne avance tout en conservant des forces pour le final. Le peloton n'a pas voulu jouer avec nous. Il nous a gardés à vue toute la journée : On était longtemps à environ 2'30'' alors on n'a pas insité plus que ça jusqu'à la dernière heure de course. C'est le moment où on accélère progressivement pour finir à 100 % dans les trente derniers kilomètres. On roulait plutôt bien : on a même été flashés par un radar dans la traversée d'un village.

J'y ai cru un peu plus longtemps que samedi mais la fin du parcours, avec les routes droites, larges et en montagnes russes, ne nous était pas favorables. Je crois que Hoogerland était le plus fort dans les bosses mais je compensais en prenant de gros relais sur le plat. Mais honnêtement, l'Euskatel était un peu pénible. Il a commencé l'échappée en passant ses relais en dedans et ne servait à rien. Ensuite, quand on a emballé l'affaire, il faisait des petits sprints quand venait son tour au lieu de passer des relais appuyés. Pas beaucoup plus utile. J'ai fini par l'engueuler un bon coup en français. Ça l'a calmé mais il a quand même essayé de partir en contre dans les quinze derniers kilomètres. Agaçant. Je finis la journée avec le prix du combatif du jour : premier podium au Tour de France, premier trophée, premier bouquet, premières bises des hôtesses et interviews à la descente du podium. C'est un lot de consolation mais la victoire et Paris se rapprochent."