Le coup de la panne #10

Jambes en berne, bus en rade : l'attaque du Massif Central n'a pas vraiment souri à Jérémy Roy et aux coureurs de la FDJ.

"Certains sportifs se font parfois prier pour descendre de leur bus. Ce soir, à l'arrivée à Super-Besse, j'aurais donné cher pour pouvoir monter dans celui de notre équipe. Quand on passe la ligne, il y a toujours un assistant qui nous explique où est le bus... Aujourd'hui, j'entends : « A 300 m, après le bus RadioShack ». J'avance, je vois le clan RadioShack, puis ... rien. Ou plutôt, mes coéquipiers entassés sous un abri-bus en train de se changer tant bien que mal. Notre bus qui était déjà tombé en panne à Lisieux a coincé à 5 kilomètres de l'arrivée après que la première réparation a lâché et est resté en rade. Au final, c'était douche au gant sous le regard de spectateurs qui semblaient bien heureux de pouvoir photographier ces moments d'intimité. De mon côté, je me sentais un peu comme une bête de cirque.

Plus que dans nulle autre course, on passe beaucoup dans le bus de l'équipe... En trois semaines, nous aurons plus de 2.000 km de transfert entre hôtels et courses, avec parfois deux heures de trajet le matin ou le soir. Ces trajets sont l'occasion de préparer sérieusement la stratégie de course ou de se vanner comme des idiots. A ce jeu, Anthony Roux est assez offensif mais il se prend de beaux contres. Pas de consoles de jeu mais une télé où on regarde la rediffusion de la course, surtout quand on est loin des premières places. Sinon, le bus présente tout le confort moderne du cycliste en transfert, avec ses douches, ses toilettes, son réfrigérateur, son micro-ondes et sa machine à café. Je ne prends jamais le départ de la course sans un café (non sucré).

Je ne vais pas descendre le bus parce que j'ai un peu connu le coup de la panne samedi entre Aigurande et Super-Besse. J'avais passé une mauvaise nuit dans une chambre trop chaude, trop près de la voie rapide. Je n'ai jamais eu de bonnes jambes dans la journée et j'ai lâché sur un coup d'élastique avant le col de 2e catégorie du jour. J'ai réussi à récupérer le gruppetto jusqu'à l'arrivée. Au niveau du collectif, ce n'était pas la meilleure journée : pour une fois, on a loupé la bonne échappée. On pensait que cela allait batailler plus longtemps en début d'étape. Les directeurs sportifs ne nous ont pas trop engueulés... mais ils devraient nous rappeler à l'ordre dimanche matin au briefing d'avant-course. Dans le bus ou à l'arrière d'un break."