Questionnaire Avril 2013

Comment lutter contre les lourdeurs gastriques ?

A cinquante ans, je ne parviens pas à trouver le bon petit déjeuner à prendre avant les trois activités que je pratique : le jogging sur sentier (12 km avec 500 mètres de dénivelé), la natation (3x1 km en 1h30) et le vélo (60 km avec 1200 mètres de dénivelé). Je suis sans cesse perturbé par des douleurs, ça devient usant. Penses-tu pouvoir me donner un conseil ?

La diététique est un point important de la performance. Il faut déjà savoir si les lourdeurs ne sont pas dues à des intolérances alimentaires (sans parler d’éventuelles allergies). Les intolérances courantes sont celles au gluten, au lait de vache, aux œufs, au sésame… A la vue de la question, il n’y a qu’un seul petit déjeuner avant les efforts. Est-il pris suffisamment tôt ? La règle classique dite "des trois heures" (prise du dernier repas au moins 3h avant l’effort) est plutôt efficace. Cependant, je la respecte en compétition mais chez moi à l’entrainement je ne la respecte pas ; du coup je mange aussi un peu plus léger qu’en compétition et je complète ma ration calorique sur le vélo (boisson énergétique et barre de céréales, pate de fruits). Je me contente de pain complet + beurre + confiture ou de sirop de Liège avec un thé vert. Alors qu’en course je rajoute des protéines (jambon blanc + fromage) et un peu de céréales (flocons avoine, muesli + lait amande, riz, épeautre). Sachez que le jogging est reconnu comme perturbant au niveau gastrique : il faudrait éventuellement essayer de commencer votre entrainement par une autre activité (natation ou cyclisme). Sinon, vous pouvez aussi essayer une ration conseillée par un ami qui comme vous avait des difficultés de digestion avant effort qui se répercutées sur le vélo : un mélange de crème de riz, avoine (magasin bio) + poudre amande, mélangée dans de l’eau + un peu de miel ou sucre.

Comment se fait-il que vous fassiez si peu de classiques ? J'ai souvent constaté que votre programme était très axé "France", mais n'est-ce pas frustrant de ne pas pouvoir s'exprimer sur ces terrains aussi prestigieux ?

Je n’ai pas un programme axé "France" puisque je cours souvent en Espagne ou en Suisse, et je suis aussi allé concourir en Chine, au Canada, en Australie. Mais c’est vrai que je ne fais pas beaucoup d’épreuves dites "classiques". A cela il y a plusieurs raisons. Les épreuves pavées, je n’y arrive pas : j’ai déjà fait un Paris-Roubaix, que j’ai terminé, mais je rebondis sur le pavé, je n’arrive pas à envoyer les watts... Bref, je n’ai pas le coup de pédale adapté, sans compter les histoires de placement, où il faut frotter énormément et ce n’est pas ma spécialité. Au début de ma carrière j’ai beaucoup couru en Belgique (Samyn, 3 jours de la Flandre occidentale, Kuurne...) mais j’ai vite compris que j’aurai des difficultés sur ce type d’épreuve. Concernant les classiques non pavées, j’ai fait à de multiples reprises Liège-Bastogne-Liège. Je cale souvent vers le 200e kilomètre sans la côte de La Redoute. C'est une épreuve très exigeante et j’ai la plupart du temps travaillé pour un leader, mais même en jouant ma carte j’ai peur que ce ne soit un peu long. J’ai ainsi déjà terminé vingtième d’une Flèche Wallonne, classique proposant une distance plus courte. Milan-Sanremo, c'est souvent réservé dans l’équipe aux coureurs des classiques flandriennes. Je n’y ai jamais posé mes roues et sur l'Amstel Gold Race non plus : j’ai souvent privilégié sur le week-end breton (Tour du Finistère -Tro Bro Léon). Je suis plus typé coureur de courses par étapes et juste après les classiques arrive le Tour de Romandie : il convient donc de ne pas trop courir les classiques pour être plus efficace sur cette course helvétique qui est aussi importante pour l’équipe, car elle est WorldTour. Je ne suis donc pas frustré car je connais mes capacités et je préfère travailler sur mes qualités. L'équipe FDJ évolue vers un groupe plus orienté sprints et classements généraux.

N'êtes-vous pas frustré par ce rôle d'équipier qui pourrait vous empêcher d'exprimer de baroudeur sur les grandes courses ?

Il est vrai que j’ai un tempérament de baroudeur et que je suis un peu freiné par la nouvelle direction de l’équipe. Mais il faut savoir se remettre en question : nos jeunes sprinteurs marchent très fort au niveau international, pareil pour quelques coureurs à étapes. Il faut donc que toute l’équipe aille dans le même sens pour obtenir un résultat optimal. On peut dire que je fais les résultats par procuration. Heureusement, j’ai quelques libertés de temps à autres quand même. Mais au niveau sportif, les résultats comptent plus que les barouds et les coups de panache, donc le calcul est vite fait pour chaque équipe. C’est le cyclisme moderne, malheureusement, et le spectacle en pâtit quelque peu.

Suite à votre article "Pédale douce", je me demande si l'on n'a pas une vision erronée du fonctionnement des équipes pro. Je pensais que vous aviez un super suivi, presque au jour le jour. Êtes-vous livré à vous même pendant les entraînements ?

L’équipe possède un staff médical et technique compétent avec un médecin référent, des kinés , des entraîneurs. Mais la machine humaine est pleine de surprise ! Il y a un paramètre majeur à prendre en compte, c’est que les coureurs sont répartis sur tout le territoire, ce qui complique un peu le suivi. Même si nous avons une plate-forme où nous rentrons quotidiennement nos entraînements, sensations et que les entraîneurs programment les séances, il n’est pas toujours facile de détecter la fatigue qui s’accumule. Dans mon cas, en ce début de saison 2013, je pensais rebondir (surcompenser) alors que je me suis enterré. Chaque être humain réagit différemment selon les sollicitations soumises à l’organisme. D’une année sur l’autre , on peut faire le même programme et le même type d’entraînement en ayant une réponse physique et psychologique différente, car d’autres paramètres interfèrent : la météo, que ce soit la pluie, le froid, le vent, mais aussi les problèmes familiaux, les maladies... Au final, des ajustements sont nécessaires et c’est pour ça qu’il faut prendre le temps d’analyser les choses, prendre du recul. Et apprendre de ses expériences.

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