Questionnaire mars 2013

Questionnaire mars 2013

Comment décririez-vous votre métier ?

Exigeant, éprouvant, exhalant. Un métier où il faut être sérieux et autonome… Nous vivons en collectivité sur les courses donc il faut avoir une légère fibre sociale pour que tout se passe bien. Il faut un dépassement de soi, des objectifs à atteindre, une carrière à construire. Planifier l’entraînement, sa progression… C’est un métier délicat dans la mesure où il n'y a qu'un vainqueur par course, mais heureusement on peut gagner par procuration avec les équipiers. Car c’est la grande particularité : le cyclisme est sport individuel qui se court en équipe. Mais ce qui est aussi paradoxal , c'est que ce métier contraignant contraste avec la liberté qu'il procure : entraînement au grand air, je choisis mes horaires et mes parcours d'entrainements, je suis libre d'orienter mon programme de course, libre de m'évader sur la route, laisser mon esprit divaguer et refaire le monde... !

Quelles sont les obligations d'un cycliste professionnel et que ne doit-il jamais oublier de faire ?
La rigueur, l’hygiène de vie, l’entraînement… Ne pas oublier de remplir sa géolocalisation sur Adams… Ne jamais oublier ses chaussures et son casque, le vélo étant amené sur la course par l'équipe. En course, manger et boire sous peine d’hypoglycémie et de déshydratation…

Quelle est l'ambiance dans un peloton ?
Cela dépend du moment : si c’est un départ ou une arrivée ; un sprint ou une échappée ; une descente technique, une montée, un endroit avec un risque de bordure... Et de la météo : pluie, soleil, vent ! L'ambiance peut être détendue et joviale ou, au contraire, très nerveuse, les nerfs à vif.

Combien d'heures d'entraînement pratiquez-vous par semaine ?
C'est assez variable. Cela va de 12 heures en semaine de récupération à 33-34 heures pour un Paris-Nice ou une première semaine de grand tour. Sinon, en règle générale, je m'entraîne entre 17 et 25 heures, courses du week-end comprises. Mais j'insiste : c'est variable. Selon les objectifs qui arrivent , le travail foncier (gros volume, faible intensité) et le spécifique (haute intensité, volume réduit).

Comment sont les relations entre les mécaniciens et coureur ?
Il y a beaucoup de discussions sur le matériel, les positions, les choix de braquet… Ils sont vraiment au coeur de l'action. Mais ce sont presque ceux que l'on voit le moins car notre temps est compté en course. Cependant de temps en temps , on arrive à prendre du temps pour discuter de tout et de rien avec eux !

Comment sont les relations entre les kinés et le coureur ?
Ceux sont ceux que l'on voit le plus ! Enfin, concernant le kiné qui s’occupe spécifiquement de nous. Ils sont à l'oeuvre dès le matin pour gérer les petit déjeuners et veiller à ce que l'on manque de rien, puis ils s'occupent des ravitaillements, gèrent nos valises, et le soir s'occupent de nous en nous massant et nous relaxant. On devient forcément assez proches et on discute beaucoup avec eux.

Comment sont les relations entre les directeurs sportifs et le coureur ?
Ce sont nos patrons, mais dans le cyclisme, même si ceux sont eux qui dictent les règles et les stratégies, on peut discuter pour exposer notre point de vue : ce n'est pas une dictature ! On débriefe aussi après la course, et le soir ils se chargent de nous annoncer les horaires du lendemain : heures de dépôt des valises, de départ de l'hotel, longueur du transfert… On discute aussi énormément avec eux, sur nos sensations , nos ambitions, nos regrets…

Comment sont les relations entre les entraîneurs et le staff technique ?
Nous sommes en contact direct lors des stages, et on échange par la suite via mail ou téléphone. Ils ont un rôle important pour rassurer et guider le coureurs dans les choix d'entraînements pour progresser, garder la forme et veiller à ne pas tomber dans du sous ou du sûr entrainement. Il est donc important d'avoir confiance en eux. Pour ma part, j’échange souvent avec eux en direct lors des stage , et je parle beaucoup, aussi, du chrono (position, entrainement…)

Comment s'organise un programme de course : en fonction de vous ou de l'équipe ?
Dans notre équipe, le coureur émet des souhaits en concertation avec les directeurs sportifs et entraîneurs lors d'une réunion individuelle. Cela donne les grandes lignes, même si le calendrier n'est jamais figé, car il peut se passer beaucoup de choses : blessure, sélection sur certaines courses où il y a trop de postulants, remplacement de dernière minute.

La carrière de cycliste ayant, comme dans tous sports, une durée limitée, avez-vous déjà pensé à une reconversion, si oui, laquelle ?
J'y pense souvent, mais je n'ai rien de bien concret en tête pour le moment. Je ne ferme aucune porte. J'ai un bon bagage universitaire avec mon diplôme d'ingénieur mécanique, complété par une formation dans les composites. Et je fais actuellement un formation en coaching, management des équipes et préparation mentale. Je m'intéresse à énormément de choses et j'ai du mal à me restreindre à un champ d'action précis.

Pourquoi n’êtes-vous pas sur Strava comme certains de tes coéquipiers?
Et bien si, je suis sur Strava : http://app.strava.com/athletes/royjeremy !

Comment parvenez-vous à préparer vos pics de forme, en terme de dosage entre  l’entraînement, la compétition, l’alimentation… ?
Avec l'expérience et grâce aux échanges avec mes entraîneurs, je travaille sur des cycles de quatres semaines. C’est cohérent et ça porte ses fruit : trois semaines de travail, une semaine de récup (sur le vélo !). Tout ceci au sein de macro-cycles de 12 semaines. Après, il faut se connaître pour travailler la base avec les foncier et la vélocité, puis les intensités à bien doser avec le capteur de puissance. Il y a énormément d’exercices possibles pour progresser. Une fois ses limites atteintes, il convient d'entretenir la forme et là encore, il faut savamment doser et équilibrer le volume et l’intensité. Concernant l’alimentation, je ne rencontre pas trop de soucis sur ce plan là. Je suis habitué à m’alimenter de manière équilibrée et variée... Il est important de vraiment manger, car pendant les gros entraînements , on consomme énormément d'énergie (graisses et sucres). Je dirais pour conclure que les pics de forme ne peuvent être atteints que si au départ, le corps est suffisamment reposé pour travailler.

Quels sont vos objectifs cette saison, sur le contre-la-montre notamment ?
Mes objectifs seront sur les chronos, bien sûr, avec le Championnat de France de Lanillis et le Mondial. J'espère encore progresser dans ce domaine. Du coup, je peux aussi jouer ma carte sur quelques courses  à étapes comme comme je l’ai fait sur l’Etoile de Bessèges, où je termine 4ème au général , ou en 2012 sur le Tour du Poitou-Charentes (2e).

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