Lutter contre la chaleur

Lutter contre la chaleur

Le cycliste, comme tout autre sportif d'endurance, doit composer avec les éléments extérieurs et notamment les conditions climatiques. Revenant tout juste du Qatar, j'évoque avec vous mon expérience quant à la lutte contre la chaleur et vous donne quelques conseils.

 

Un peu de physio pour débuter... Le corps humain est très bien conçu, un phénomène de thermorégulation permettant à l'organisme de fonctionner sous une température à peu près constante de 37°C. Cependant, à l'effort nous avons pu observer que la température interne peut grimper jusqu'à plus de 40°C... On parle alors d'hyperthermie : le corps se met théoriquement en sécurité et ne peut plus fournir l'effort souhaité. C'est la défaillance, le coup de chaud, les maux de tête, les étourdissements, les divagations...

 

Entre l'état normal et l'hyperthermie, le corps n'a qu'un moyen de se défendre : la sudation. Ce mécanisme permet de tenter de conserver la température épidermique constante voir de la diminuer, via l'évaporation de la sueur. Ce qui induit aussi par ricochet la conservation de l'objectif de maintien de la température corporelle à 37°C.

 

Mais parfois, l'humidité de l'air, le vent ou des température extérieures trop élevées handicapent le processus de sudation. L'objectif de la stratégie de la lutte contre la chaleur est donc de retarder le plus possible la montée de la température interne.

 

L'acclimatation

 

Il est judicieux de partir plusieurs jours avant l'épreuve pour s'acclimater et faire quelques efforts avant la compétition pour habituer l'organisme à travailler dans ces conditions. Rien n'empêche de tenter de reproduire les même températures à la maison dans une pièce restreinte ou d'effectuer des séances de sauna. L'effet ne sera pas le même mais ce sera déjà mieux que rien.

 

Le travail sur home trainer 

 

Lors des contre-la-montre, l'échauffement des cyclistes s'effectue sur home trainer, ce qui accélère la montée de la température interne à cause de l'effort en statique. Les solutions :

 

- Ventilateur pour faire évaporer la sueur
- Brumisateur, pour ne pas attendre l'arrivée de la sueur pour refroidir le corps
- Veste cooling, veste glacée... mais qui a ses limites car cela empêche aussi l'évaporation de la sueur et fond très vite
+ réduire au strict minimum la durée de l'échauffement

 

En course

 

Trois astuces :

 

- Des gouttes d'huiles essentielles de menthe poivrée sur une partie du corps. La menthe est connue pour être rafraîchissante. Avec le vent la zone traitée sera ressentie comme fraîche par le cerveau. C'est un leurre mais qui permet d'atténuer la sensation de surchauffe moteur.

 

- Il est possible de partir avec des glaçons à l'intérieur de la combinaison. Ils fondront doucement et aideront à limiter localement la température épidermique. Mais ce n'est qu'une solution localisée et ça ne permet pas vraiment d'atténuer le phénomène de surchauffe. Il faudrait en mettre sur tout le corps. 

 

- S'arroser avec de l'eau fraîche permettra d'avoir un meilleur ressenti, mais il faudra le faire régulièrement car avec la chaleur, on sèche très vite. Et le ressenti à postériori est encore plus chaud... Quand on commence à s'arroser, on doit continuer à le faire régulièrement par la suite et ce serait une perte d'aérodynamisme.

 

L'hydratation

 

C'est le facteur essentiel de la performance et encore plus avec la chaleur, car il est possible de perdre jusqu'à trois litres de sueur par heure. L'organisme a donc besoin d'être ravitaillé souvent avec des liquides contenant des sels minéraux (sodium notamment car constituant essentiel de la sueur). Veillez donc à l'apport en sodium sur vos boissons énergétiques, c'est capital.

 

L'apport liquide permettra de compenser les pertes sudorales et de limiter la hausse de température interne. L'idéal étant une boisson à 15°C, mais elle ne restera pas bien longtemps à cette température. Quelques glaçons dans le bidons permettront aussi de gagner quelques minutes de frais.

 

Vous m'avez ainsi vu avec une poche à eau dorsale à Doha. J'avais pris l'option de congeler la poche remplie de boisson énergétique. Ainsi j'avais une boisson fraîche toute la durée de mon effort (car rapidement le gros glaçon s'est mis à fondre) et aussi un léger cooling dans le dos à l'endroit où la poche était placée. La boisson dans le tuyau étant rapidement chaude entre deux prises de boisson, il fallait prendre une gorgée pour éliminer l'eau chaude et reprendre une gorgée pour avoir l'eau fraîche.

 

Voici donc quelques astuces, n'hésitez à partager les vôtres !

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